Alina Kondratiuk
Institute for South-East European Studies, Bucharest (ro)
Résumé
Cet article examine les origines et la diffusion de l’image ailée de la Vierge Marie dans l’art religieux d’Europe orientale aux xviiiᵉ et xixᵉ siècles, en la replaçant dans un cadre iconographique et culturel plus large. Dans un premier temps, il sera proposé une analyse de la célèbre fresque du monastère de Govora (1710–1711), qui a été réalisée par des artistes de l’école de Brâncoveanu et qui réinterprète le motif traditionnel de la Protection de la Mère de Dieu par l’ajout d’ailes et d’un ample manteau, éléments jusqu’alors inconnus dans l’iconographie mariale orthodoxe. Il s'agira ensuite de retracer le développement historique de l’iconographie de l’Intercession, depuis la Constantinople byzantine jusqu’à la Rus’ de Kyiv, en mettant l’accent sur les variantes novgorodiennes et de Souzdal-Moscou, et d'examiner les motifs apocalyptiques et l’imagerie de Sophie, la Sagesse de Dieu, qui introduisirent des figures ailées dans l’art orthodoxe et offrirent un pont conceptuel vers les représentations mariales. Les gravures occidentales de Dürer, du Maître MS et de Virgil Solis sont identifiées comme des sources importantes, no-tamment dans la formation de nouveaux types iconographiques. Le modèle catholique de la Madonna della Misericordia apparaît comme ayant joué un rôle déterminant dans l’adoption du large manteau protecteur, transmis dans les contextes orthodoxes par l’art ukrainien du xviiᵉ siècle, en particulier la Kozatska Pokrova. Une attention particulière sera portée à l’icône russe de la Mère de Dieu d’Azov, qui illustre l’intégration du symbolisme impérial dans l’imagerie mariale. Les gravures de Tchernihiv de 1696, qui apparaissent dans le livre de Dimitrii de Rostov, La toison couverte de rosée, sont analysées comme éléments clés dans la diffusion du motif de la Vierge ailée. Ces gravures ont influencé les fresques roumaines, mais sont restées absentes de la peinture d’icônes ukrainienne, une divergence qui met en exergue les différences de priorités culturelles au sein de l’orthodoxie. Enfin, l’article conclura que la Vierge ailée représente une synthèse complexe de la spiritualité orthodoxe, du symbolisme apocalyptique, des modèles artistiques occidentaux et de l’idéologie impériale. Sa trajectoire, c'està-dire des visions byzantines à l’art impérial russe et à la peinture monumentale roumaine, illustre l’interaction dynamique entre tradition et innovation dans l’art religieux de l’époque moderne. En replaçant les fresques roumaines dans ce contexte transrégional, l’étude contribuera à une meilleure compréhension des transferts culturels, des adaptations iconographiques et de l’évolution des contours de la représentation mariale en Europe orientale.
Mots-clés: Vierge Marie ailée, iconographie de l'Intercession, fresque du monastère de Govora, Sophie, la Sagesse de Dieu, motifs apocalyptiques, Madonna della Misericordia, Kozatska Pokrova, Mère de Dieu d'Azov, symbolisme impérial, Dimitrii de Rostov, La toison couverte de rosée.
Rezumat
Acest articol își propune să investigheze originile și modalitățile de difuzare a imaginii înaripate a Fecioarei Maria în arta religioasă din Europa de Est în secolele al xviii-lea și al xix-lea, prin încadrarea ei întrun context iconografic și cultural mai amplu. Într-o primă secțiune, va fi propusă o analiză detaliată a celebrei fresce de la mănăstirea Govora (1710–1711), realizată de artiști aparținând școlii brâncovenești, care oferă o reinterpretare a motivului tradițional al Acoperământului Maicii Domnului prin introducerea aripilor și a unei ample mantii, elemente până atunci neatestatate în iconografia mariană ortodoxă. Urmează reconstituirea evoluției istorice a iconografiei Acoperământului Maicii Domnului, de la Constantinopolul bizantin până la Rusia kieveană, cu variantele novgorodiene și suzdaliano-moscovite, și examinarea motivelor apocaliptice și ale imaginii Sfintei Sofia, Înțelepciunea lui Dumnezeu, prin care au fost introduse figuri înaripate în arta ortodoxă și care au oferit un cadru conceptual de trecere către reprezentările mariane. Gravurile occidentale ale lui Dürer, ale Maestrului MS și ale lui Virgil Solis sunt identificate drept surse esențiale, în special pentru configurarea unor noi tipuri iconografice. Modelul catolic al Madonnei della Misericordia a jucat de asemenea un rol determinant în adoptarea amplului veșmânt protector, preluat în contexte ortodoxe prin arta ucraineană a secolului al XVII-lea, îndeosebi prin intermediul tipului iconografic Kozatska Pokrova.
Cuvinte cheie: Maica Domnului înaripată; iconografia Acoperământului; fresca Mănăstirii Govora; Sofia, Înțelepciunea lui Dumnezeu; motive apocaliptice; Madonna della Misericordia; Kozatska Pokrova (Acoperământul cazac); Maica Domnului de la Azov; simbolism imperial; Dimitrie al Rostovului, Lâna înrourată.
